
Arts martiaux japonais
25 mai 2026 · Dojo Tanren
Quand on franchit la porte d'un dojo japonais pour la premiere fois, la premiere chose qu'on remarque n'est pas le sabre ni le bâton — c'est le silence ordonne. Des pratiquants qui s'inclinent en entrant, qui saluent le kamiza, qui se deplacent avec une precision rituelle. Ce code de conduite, c'est le reishiki (礼式) — l'etiquette du dojo. Bien plus qu'un ensemble de regles, c'est le cadre meme qui rend la pratique possible.
Qu'est-ce que le reishiki ?
Le terme reishiki se compose de deux kanji : rei (礼), qui signifie « respect, courtoisie, salut », et shiki (式), qui signifie « ceremonie, forme, rituel ». Ensemble, ils designent l'ensemble des formes de respect qui structurent la pratique martiale japonaise — depuis le salut a l'entree du dojo jusqu'au rangement du materiel en fin de seance.
Le reishiki n'est pas une contrainte imposee aux debutants. C'est un fil conducteur qui transforme une seance d'entrainement en pratique authentique. Sans reishiki, le dojo n'est qu'une salle de sport. Avec, il devient un espace de transmission. Le code du samourai — le bushido — trouve dans le reishiki son expression quotidienne, concrète, incarnée.
Le salut : ritsu-rei et za-rei
Il existe deux formes fondamentales de salut dans le dojo japonais :
- Ritsu-rei (立礼) — le salut debout. Dos droit, talons joints, inclinaison a 30° environ, les mains glissant le long des cuisses. Le regard suit l'inclinaison — on ne fixe pas la personne qu'on salue pendant le salut. Duration : environ deux secondes. C'est le salut utilise en entrant et sortant du dojo, pour saluer un partenaire avant et apres un exercice.
- Za-rei (座礼) — le salut a genoux, en seiza. La position seiza est la base de toute etiquette japonaise : a genoux, assis sur les talons, dos droit, les mains posees sur les cuisses. Pour saluer, on pose les mains au sol devant soi (doigts legerement inclines vers l'interieur), on s'incline jusqu'a ce que le front approche le sol. C'est le salut le plus formel, utilise au debut et a la fin du cours.
Dans la pratique du iaido, le salut prend une dimension supplementaire. Avant de degainer le sabre, on salue le kamiza. Apres avoir rengaine, on salue a nouveau. Chaque kata commence et se termine par un salut. Cette repetition n'est pas un tic — elle ancre le pratiquant dans l'instant present et rappelle que le sabre ne sort jamais sans raison.
Comment saluer correctement dans un dojo japonais
Pour le debutant, l'etiquette du dojo peut sembler intimidante. Voici les gestes essentiels, dans l'ordre :
- En entrant dans le dojo — Saluez en passant le seuil (ritsu-rei). Le dojo n'est pas un gymnase ordinaire ; c'est un espace dedie a la pratique. Le salut marque cette transition.
- En montant sur le tatami — Saluez le kamiza (le mur d'honneur, souvent orne d'un calligraphie ou d'une photo du fondateur) en za-rei depuis seiza. Ne marchez jamais sur le tatami avec des chaussures.
- Au debut du cours — L'ensemble des pratiquants salue le kamiza, puis le sensei, puis les partenaires d'entrainement. L'ordre est important : on salue d'abord la tradition, puis celui qui la transmet, puis ceux avec qui on la partage.
- Avant et apres chaque exercice — Saluez votre partenaire (ritsu-rei). C'est un rappel : on ne pratique pas contre quelqu'un, on pratique avec quelqu'un.
- A la fin du cours — Meme sequence qu'au debut, en ordre inverse : partenaires, sensei, kamiza. Ce salut final est un acte de gratitude — on remercie ceux qui nous ont permis de pratiquer.
Le kamiza : le coeur symbolique du dojo
Le kamiza (上座) est le mur d'honneur du dojo. Il porte souvent un shomen — une calligraphie, une photo du fondateur de l'ecole, ou un embleme. Dans les dojos traditionnels japonais, le kamiza indique aussi la direction de la tradition martiale qu'on honore.
Le kamiza structure tout l'espace du dojo :
- Shimoza (下座) — le mur oppose au kamiza, ou se tiennent les eleves, ranges par grade. Les debutants sont les plus eloignes du kamiza, les grades superieurs les plus proches.
- Joseki (上席) — le cote droit vu depuis le kamiza, ou se tiennent les pratiquants de rang superieur.
- Shimoseki (下席) — le cote gauche, reserve aux debutants et aux visiteurs.
On ne tourne jamais le dos au kamiza. On ne passe jamais devant le kamiza sans saluer. Ces regles ne sont pas de la superstition — elles maintiennent la conscience de l'espace sacre de la pratique.
Les regles de comportement au dojo
Au-dela des saluts, le reishiki couvre l'ensemble du comportement dans le dojo :
- Ponctualite — Arriver en retard est une forme d'irrespect envers le sensei et les partenaires. Si le cours a commence, saluez le kamiza depuis l'entree, asseyez-vous en seiza au bord du tatami, et attendez que le sensei vous invite a rejoindre le groupe.
- Proprete — Le dojo se nettoie avant et apres la seance. Ce n'est pas une corvee — c'est un acte de soin envers l'espace de pratique. Balayer le sol, essuyer le tatami, ranger le materiel : chacun participe.
- Silence — On ne bavarde pas sur le tatami. Les questions se posent apres le cours ou pendant les pauses, jamais pendant un exercice. Le silence n'est pas de l'austerite — il permet la concentration.
- Tenue — Le keikogi et la ceinture (ou le hakama) doivent etre propres et correctement noues. Un uniforme mal entretenu est un signe de desordre interieur.
- Le sabre et les armes — On ne marche jamais au-dessus d'un sabre pose au sol. On ne l'approche jamais du bord du tatami. On ne touche jamais le sabre d'un autre pratiquant sans autorisation. Le katana est un objet vivant dans la tradition japonaise — il merite le meme respect que la personne qui le porte.
- Passage derriere — Quand on doit passer derriere un partenaire en train de pratiquer, on s'excuse verbalement (« sumimasen ») ou on attend. On ne passe jamais entre deux partenaires qui s'exercent.
Vocabulaire essentiel du reishiki
Le vocabulaire du dojo est japonais — et ce n'est pas un pedantisme. Ces mots portent des concepts qui n'ont pas d'equivalent exact en francais :
- Rei (礼) — Le respect, le salut. Le mot seul designe l'acte de saluer.
- Onegaishimasu — « S'il vous plait, je m'en remets a vous. » Formule prononcee avant chaque exercice avec un partenaire. Ce n'est pas un simple « s'il vous plait » — c'est une demande humble d'enseignement.
- Arigato gozaimashita — « Merci pour ce qui a ete fait. » Prononce apres l'exercice. La forme au passe (gozaimashita, pas gozaimasu) est importante : on remercie pour ce qui a ete transmis, pas pour ce qui va l'etre.
- Hajime — « Commencez. » L'ordre du sensei pour demarrer l'exercice.
- Yame — « Stop. » L'ordre pour arreter. On arrete immediatement — pas apres le mouvement en cours, mais sur-le-champ.
- Mokusō (黙想) — Meditation silencieuse. Souvent pratiquee au debut et a la fin du cours, en seiza, les yeux fermes.
- Zanshin (残心) — L'esprit qui reste. La vigilance apres l'action. En iaido, c'est la posture maintenue apres la coupe — le sabre ne se rengaine que quand le pratiquant est certain que l'action est terminee.
Reishiki et grades : l'etiquette de la hierarchie
Le systeme de grades kyu et dan structure les rapports dans le dojo. Le reishiki accompagne cette hierarchie : le debutant salue le grade superieur en premier, le sensei est salue par tous, les partenaires se saluent mutuellement avant et apres chaque echange.
Mais la hierarchie du dojo n'est pas une hierarchie sociale. Elle est fondee sur l'experience et la connaissance. Le sempai (senior) n'est pas un chef — c'est un guide. Le kohai (junior) n'est pas un subordonne — c'est un pratiquant qui merite la meme attention que n'importe qui. Le reishiki assure que cette hierarchie reste bienveillante : chacun sait ou il se trouve, et chacun a sa place.
Pourquoi le reishiki est essentiel
Le reishiki n'est pas un accessoire — il est au cœur de la pratique martiale. Voici pourquoi :
- Securite — Dans un dojo ou l'on manipule des sabres, des bâtons et des techniques dangereuses, l'etiquette cree un cadre securisant. Le salut avant l'exercice confirme que les deux partenaires sont prets. Le « yame » est immediat. Les regles de deplacement evitent les collisions.
- Concentration — Chaque salut est un reset mental. On quitte le monde exterieur, on entre dans la pratique. Le rituel cree une frontiere entre le quotidien et le sacre.
- Transmission — Le reishiki est la forme visible de la transmission orale. En saluant le kamiza, on honore ceux qui ont transmis l'art avant nous. En saluant le sensei, on reconnait celui qui transmet maintenant. En saluant les partenaires, on honore ceux avec qui on apprend.
- Humilite — S'incliner, c'est accepter qu'on ne sait pas tout. C'est le premier et le dernier geste de chaque seance. Le reishiki enseigne que la vraie force commence par le respect.
Pratiquer le reishiki au Dojo Tanren
Au Dojo Tanren a Martigny, le reishiki fait partie integrale de chaque seance. Des cours pour debutants aux entrainements avances, l'etiquette est enseignee des le premier jour — non comme une contrainte, mais comme un outil de pratique. Le nom Tanren (鍛錬) signifie « forger, tremper » : le reishiki est le moule dans lequel le metal est forge.
Si vous debutez dans les arts martiaux japonais en Valais, ne vous inquietez pas de ne pas connaitre tous les gestes. Le reishiki s'apprend par la pratique, par l'observation, par la repetition. Personne ne s'attend a ce qu'un debutant maitrise l'etiquette des le premier cours. On s'attend a ce qu'il respecte l'esprit : la sincerite, l'attention, la willingness.
Le salut le plus important n'est pas le plus gracieux — c'est le plus sincere. Contactez-nous pour un essai gratuit et decouvrez par vous-meme comment le reishiki transforme la pratique.