Kenjutsu · Iaido

Ashi-sabaki : le jeu de jambes au sabre japonais

Suri-ashi, okuri-ashi, ayumi-ashi : les déplacements qui font la coupe.

Ashi-sabaki, le jeu de jambes au sabre japonais : pratiquant en hakama exécutant un pas glissé, peinture sumi-e aux accents vermillon

Kenjutsu · Iaido

10 septembre 2026 · Dojo Tanren

L'ashi-sabaki, littéralement le « travail des jambes », est le fondement invisible de toutes les disciplines au sabre japonais. Avant la coupe, avant le kata, avant même le premier salut, c'est la manière de se déplacer qui décide de la qualité de tout le reste. Au kenjutsu comme à l'iaido, une coupe exécutée avec des jambes justes possède une puissance et une stabilité qu'aucun effort de bras ne compensera jamais. Pourtant, c'est souvent la dimension la plus négligée par les débutants, fascinés par la lame et son mouvement spectaculaire. Cet article présente les déplacements fondamentaux du sabre japonais et explique pourquoi chaque séance au Dojo Tanren commence par eux.

Qu'est-ce que l'ashi-sabaki ?

Le terme se décompose en ashi, la jambe et le pied, et sabaki, la gestion, la manoeuvre habile — le même mot que l'on retrouve dans tai-sabaki, le déplacement du corps. L'ashi-sabaki n'est donc pas une technique de frappe, mais la grammaire du déplacement : l'ensemble des façons de rejoindre la bonne distance, de changer d'angle ou de se retirer sans jamais perdre l'équilibre.

Dans une école traditionnelle comme le Katori Shintô Ryu ou le Muso Shinden Ryu, chaque kata impose des déplacements précis — avancer, reculer, pivoter, glisser sur le côté. Leur fonction est toujours double : gérer la distance, et maintenir une base stable d'où la lame peut partir et revenir. Un pratiquant qui néglige son jeu de jambes voit sa posture se dégrader dès les premiers pas, et sa coupe avec elle.

Les trois déplacements fondamentaux

Le répertoire de base peut sembler modeste : trois manières de progresser suffisent à couvrir l'essentiel des situations du kenjutsu et de l'iaido. Mais chacune demande des mois de travail pour devenir naturelle.

Suri-ashi : le pas glissé

Le suri-ashi, le pas glissé, est le déplacement roi du kenjutsu. Les pieds restent en contact avec le sol et glissent sans jamais se soulever : le pied avant avance de quelques centimètres, le pied arrière le rattrape aussitôt, et la distance entre les deux ne change jamais. Ce contact permanent avec le sol garantit l'équilibre en toute circonstance : il n'y a aucun instant où le pratiquant « flotte », donc aucune fenêtre offerte à l'adversaire. Le pas glissé est aussi silencieux et permet de réagir instantanément, dans les deux sens — reculer est aussi important qu'avancer.

Okuri-ashi : l'avancée en appui

L'okuri-ashi envoie les deux pieds dans la même direction : le pied du côté vers lequel on se déplace ouvre la voie, l'autre le rejoint immédiatement. C'est le déplacement de l'attaque décisive. Toute la puissance naît de la jambe arrière, qui pousse contre le sol comme un archer son arc, et se transmet par les hanches jusqu'à la lame. Bien exécuté, l'okuri-ashi permet de couvrir une distance surprenante en un temps très court, tout en conservant l'orientation exacte du bassin vers le centre.

Ayumi-ashi : la marche alternée

L'ayumi-ashi, enfin, est la marche naturelle : les pieds avancent alternativement, comme en promenade. On l'utilise pour couvrir de plus longues distances — traverser le dojo, se placer pour le début d'un kata — ou dans certaines séquences de kata où les écoles exigent cette marche ample et posée. Là encore, la règle reste la même : le poids reste bas, posé au centre des plantes de pieds, jamais sur les talons.

Hiraki-ashi : pivoter sans se découvrir

Les kata d'iaido et de kenjutsu exigent souvent de changer brutalement de direction : l'adversaire n'est pas toujours devant. Le hiraki-ashi, le déplacement tournant, répond à ce besoin. Le principe est simple à énoncer, exigeant à exécuter : le pivot s'opère sur la plante des pieds, les jambes ne se croisent jamais, et les hanches commandent le mouvement pendant que le buste reste groupé. Croiser les pieds lors d'un pivot, c'est s'installer dans un piège : équilibre fragile, force coupée, et un demi-seconde d'immobilité que n'importe quel adversaire saurait exploiter. C'est pour cela que les pivots des kata se répètent des centaines de fois, lentement, jusqu'à devenir limpides.

Pourquoi le jeu de jambes porte la coupe

Les débutants coupent avec les bras. Les pratiquants avancés coupent avec le corps entier, et le corps commence au sol. La chaîne de la coupe part des pieds, monte par les jambes et les hanches, traverse le tronc, puis les bras et les mains. Si la base bouge ou glisse, toute la chaîne se dérègle : la trajectoire de la lame faiblit, l'angle se perd, la coupe s'arrête au lieu de traverser.

Le jeu de jambes est aussi la clé de la distance. Avancer d'un demi-pas au bon moment, se retirer d'un pas pour laisser passer l'attaque, glisser sur le côté pour changer l'angle : voilà ce qui distingue un échange vivant d'un échange statique. Enfin, une base solide permet de finir chaque action en état de zanshin — présent, stable, prêt à tout — plutôt que déséquilibré par son propre mouvement.

Les erreurs les plus fréquentes

Trois défauts reviennent sans cesse chez les débutants, et les instructors les traquent à chaque séance :

Lever les pieds. Marcher au lieu de glisser fait perdre le contact avec le sol : l'équilibre vacille à chaque pas et le silence, si précieux, disparaît. Les pieds se soulèvent à peine, ils glissent.

Charger le poids sur les talons. Un corps posé sur les talons ne peut ni pousser ni pivoter ; il bascule. Le poids se répartit sur le centre des plantes, là où réside l'équilibre dynamique.

Croiser les pieds. Dans un déplacement latéral ou un pivot, les jambes qui se croisent créent un moment d'enchevêtrement où le pratiquant ne peut ni avancer ni reculer. Les pieds décrivent des arcs, ils ne se croisent jamais.

S'ajoutent à cela la précipitation — un déplacement rapide mais désordonné est plus lent qu'un pas rythmé — et la raideur des genoux, qui amortit la puissance au lieu de la transmettre.

S'entraîner au quotidien

La bonne nouvelle, c'est que le jeu de jambes se travaille partout, sans partenaire et presque sans matériel. Trois exercices simples valent mieux qu'un long discours :

Les suburi en déplacement. Associer chaque répétition de suburi à un pas glissé vers l'avant, puis vers l'arrière, ancre le lien entre déplacement et coupe. Dix minutes valent mieux qu'une heure par mois.

Le couloir. Deux lignes tracées au sol, à la largeur du kamae, et dix minutes de déplacements alternés — avant, arrière, côté — en surveillant que les pieds ne quittent pas leur couloir. C'est sec, c'est répétitif, et c'est exactement de cette pierre que se construit la base.

La lenteur. Déplacer son corps deux fois plus lentement que la normal révèle tous les défauts : talons chargés, pieds croisés, genoux tendus. La vitesse s'ajoute après, jamais avant.

Conclusion : la coupe commence aux pieds

L'ashi-sabaki ne fait pas de bruit, ne dessine pas d'arc spectaculaire, et pourtant tout passe par lui : la puissance de la coupe, la maîtrise de la distance, la capacité de revenir en sécurité après l'action. Avant de chercher à couper plus vite ou plus fort, le pratiquant apprend à se déplacer juste — c'est là que le sabre japonais commence vraiment. Au Dojo Tanren, chaque séance de kenjutsu et d'iaido s'ouvre sur ce travail discret, parce qu'il fonde tout le reste.

Si vous souhaitez découvrir ces déplacements par la pratique, le Dojo Tanren vous accueille à Martigny : le premier pas se prend sur le tatami.

Tags : ashi-sabaki kenjutsu iaido sabre japonais déplacements

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